PrincesseMumu...n'est pas une princesse

Dans l'air du temps...

15 mars 2010

Mélusine veut des mots.


tricotez_les_mots


POUR MELUSINE
 

Il s’appelait  « Violette » son « Iquitos ».

La laine, un bel alpaga violet, elles l’avaient  choisie ensemble pour soulager son épaule 
douloureuse. Tous les après-midi, Mia
  tricotait à ses côtés. Parfois, elle  lâchait son
ouvrage pour tenir sa main chaude et si douce.
  Puis reprenant  les aiguilles,  elle laissait
la dentelle abolir le présent et l’odeur cruelle de la maladie. Chaque maille était un mot
qu’elle ne pouvait pas dire. Ses sombres
 pensées,  au-dessus de l’aiguille, s’envolaient
comme des papillons. Souvent elle tournait
  la tête  en souriant pour lui montrer ses avancées :
- Regarde, il sera bientôt fini !

Les jours
  s’égrainaient  au rythme des grilles dont Mia franchissait les étapes avec une
détermination fébrile et appliquée.
  Quand sa mère  n’était pas trop fatiguée, elles regardaient,
encore complices,
  des films de « filles » en faisant semblant d’oublier.  Mais sans poser le
tricot qui, dans la lumière,
  exhibait une dentelle lumineuse. Si épuisée et fragile qu’elle fût,
elle s’inquiétait gentiment de sa « Violette » : elle était si pressée!

Soudain l’urgence l’emporta à l’hôpital. Sans qu’elle le sache, elle avait déjà fui dans un monde
où ni le tricot ni sa fille n’avait plus leur place. Avec ses affaires, dans l’affolement, Mia emporta
le poncho inachevé comme un malheureux doudou qui pourrait lui épargner le pire.
Pendant de longs jours encore, elle s’acharna sur son ouvrage refusant d’envisager la fin,
 tricotant
sans s’arrêter sous l’œil interrogateur des infirmières et des médecins. Tricoter, c’était la garder
vivante, c’était l’espoir de voir se réveiller enfin la belle-au-dormant d’un sommeil trop profond,
c’était des mots d’amour sans parole.
Mais la belle-au-bois-dormant s’endormit pour toujours, sans attendre les dernières mailles.
 

Alors, pour l’accompagner  dans cet ailleurs sans fin,  Mia déposa tout doucement sur les épaules
inertes de sa mère cette Violette dont il ne manquait que quelques rangs.

 

Je remercie Mélusine qui m'a permis de mettre quelques mots sur du chagrin.
Je remercie aussi Dodile qui a créé Iquitos, c'est un merveilleux modèle.


200 carrés au crochet pour couvertures jetés et plaids
, de Jan Eaton.
Crochet nouvelle vague par Nancy Waile, éditions Fleurus.


Posté par princessemumu à 11:24 - Commentaires [9] - Permalien [#]

Commentaires

    ooh tout un poeme sur le tricot...superbe...que d'emotions...

    Posté par rachel, 23 mars 2010 à 12:04
  • Et c'est un très beau texte, plein d'émotion et de pudeur...

    Posté par MamzelleHérisson, 23 mars 2010 à 15:53
  • c'est un très beau texte

    Posté par sand354, 24 mars 2010 à 06:34
  • Ce texte m'émeut moi aussi beaucoup. Merci Muriel pour ce petit moment suspendu. Bisous. Moune

    Posté par Meudame Moune, 24 mars 2010 à 09:31
  • Merci Muriel pour ce texte beau! Je t'embrasse!

    Dans exactemment une semaine on arriiiive, et on s'embrassera en vrai!!!! [flash]

    Posté par Ninne, 24 mars 2010 à 12:51
  • quel texte émouvant...j'avoue que les yeux me piquent, je comprends tellement ce que tu dis!!!! je te fais un gros bisou...

    Posté par lucylaine, 25 mars 2010 à 11:14
  • Quel texte émouvant ! j'en ai les larmes aux yeux. Cette course contre la Vie ... Je comprends tellement ce que tu veux dire !!!
    Je t'embrasse.
    Béa

    Posté par beatricote, 28 mars 2010 à 00:53
  • C'est très émouvant... ton texte me touche beaucoup !
    Merci de nous l'avoir fait partager.

    Posté par kat, 28 mars 2010 à 19:32
  • Tricoter,rêver au-delà des mailles qui nous relient toutes au fil de nos vies...merci pour ce partage!

    Posté par Bibi, 05 avril 2010 à 19:12

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